Tour des Annapurnas – Jour 10
J’ai longtemps hésité avant de savoir si j’écrirais un article sur cette journée, puis j’ai à nouveau beaucoup hésité avant de décider quoi écrire.
Faut-il raconter, dans le menu détail, le réveil à 4h du matin, dans le froid et le stress, puis les 4h40 d’ascension fastidieuse dont la moitié à la seule lumière de la lampe frontale, ou encore les -15°C qu’il faisait au sommet ?
Une chose est sûre, je n’ai pas souvenir d’avoir jamais été aussi proche de mes limites. J’ai pensé à chaque minute ne pas y arriver, que mes forces allaient m’abandonner d’un coup et que je ne pourrais pas me relever, ou encore que mes doigts ne réussiraient jamais à dégeler…
Arrivée en haut, je n’ai pas réalisé tout de suite que c’était fini, loin de là ; au contraire, la fatigue et le manque d’énergie avaient totalement pris le pas sur la satisfaction d’avoir accompli ce qui est pour moi un exploit.
Ce n’est que bien plus bas, en redescendant, que je me suis soudainement fait la réflexion… qu’on redescendait. Et j’ai alors réalisé ce que nous avions fait : 5416 mètres ! Plus haut que le Mont-Blanc !
La descente, après ça, parut longue mais facile ; au fur et à mesure qu’on descendait, on retrouvait des forces et des températures plus clémentes. Comme si j’avais voulu effacer de ma mémoire le douloureux épisode du matin, Thorong-La me paraissait déjà être un lointain souvenir.
L’arrivée à Muktinath, étape-délivrance de la journée, nous laissa de sublimes images en tête qui remplacèrent celles du cauchemar du matin : sous nos pieds, toute la vallée se découvrait, sublime, avec une chaîne de hautes montagnes en arrière-plan. Ca aurait pu être un décor de film en carton-pâte, mais c’était bien réel.
Je me disais il y a quelques jours que l’effort physique, à notre âge, est à 90% dans la tête : lorsque la motivation est là, les jambes suivent.
Toute petite ascension aujourd’hui (4h à peine), mais certainement la plus difficile pour moi à ce jour ; non en raison de sa difficulté intrinsèque, mais compte tenu du fait que ma motivation pour ce trek s’est envolée avec notre journée de repos.
Arrivée à Manang (3600 mètres), où nous ferons demain une journée d’acclimatation (c’est-à-dire rien, le temps d’habituer notre corps aux altitudes qu’il n’a pas l’habitude de connaître). Il n’y a pas grand-chose à faire ici, si ce n’est de belles randonnées alentours. Alex s’est motivé pour en faire une demain mais pas moi. Je suis déjà fière d’être arrivée jusque là donc je m’offre ce petit plaisir de rester au lit toute la journée. Après ce qu’on a enduré et pire, ce qui nous attend, ce n’est pas tellement un luxe.